Michel Jacquet
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Préface de Jean louis Piètri dans Le Nervi

            Parmi les ingrédients du roman policier il y a d’abord, bien sur, l’énigme, le puzzle que le lecteur reconstruit au fil des pages, l’intrigue qui tient en haleine, aiguise la réflexion. Il en est ainsi depuis qu’au XIXeme siècle un clerc d’avoué du nom d’Emile Gaboriau, précurseur du « détective Novel », inventa le roman policier.

            Mais lorsqu’un policier trempe sa plume dans le « thriller », Rouletabille a vécu, ses héros voyagent au-delà du bien et du mal, gambergent au-delà de l’indice, de la preuve. Le fil de l’enquête se brouille, d’interrogations annexes. La casuistique s’en mêle : le bien, le mal, le coupable, l’innocent perdent de leur belle transparence… Et nous voilà, selon le mot de Hegel, « dans la vie mouvante en soi, de ce qui est mort ». Qui dés lors, est mieux à même d’en témoigner qu’un policier, chaque jour confronté au rapport ambiguë de chacun à la loi, au poids douloureux de la conscience morale ?... Antigone au secours !!!...

            La littérature romanesque regorge de bandits au grand cœur, rarement de policiers parés du même qualificatif. Sans doute parce que ce dernier est le témoin malvenu de la part maudite d’une société que refuse de croire au mal absolu et invente, par exemple, de toute pièce, pour se rassurer, ce fameux et illusoire « code de l’honneur » de la truanderie.

            Reste au policier paria, pour se faire entendre et de dire le versant équivoque du monde interlope où il baigne, la fiction, le roman. Mais est-ce vraiment une fiction que cette violence ordinaire dont nul n’est jamais ni tout à fait coupable ni totalement innocent.

                  

 

           

         

 

                     

                          Préface d'Andréa G. Pinketts dans Label Flic

 

 

La première fois que j’ai rencontré l’auteur de ce roman foudroyant, j’étais totalement sobre et affligé par le mal obscur qui s’appelle Amour. La dernière fois que je l’ai vu, j’étais totalement ivre mais le mal obscur était passé, comme un mal de mer, comme quand quelqu’un, à bord d’une des trois caravelles, crie « Terre ! Terre ! »

Quand il m’apparut, je pensais qu’il était marin parce qu’il ressemblait à Popeye. Un Popeye « nerveux », généreux, mélancolique. Un homme auquel tu aurais quand même offert un petit pot d’épinards ou une chope de bière. En toute confiance. La confiance a été confirmée.

Pourtant, celui qui a écrit Label Flic ne crie pas avec enthousiasme « Terre ! Terre ! » mais « Mer ! Mer ! ». Parce que la tentation de l’oubli d’une gigantesque masse d’eau te met en comparaison avec l’infini. Et c’est tout à fait nécessaire de revenir sur terre. Une terre aimée. Une terre amante. Et l’amour a l’intensité et la durée de ce livre. Ce n’est pas par hasard que les victimes sont poignardées au cœur. Michel est un poignardeur de son amour pour Marseille, pour la vie. Il utilise stylets, dagues parce qu’il est généreux et synthétique comme ses chapitres. Il te fait jouir d’un plaisir, d’une situation, puis il tranche comme un coitus interruptus. Mais l’amour reste. Ou du moins la séduction.

Ce n’est pas non plus par hasard que Label Flic commence avec un approchement amoureux et qu’il se termine avec la douloureuse et tendre conscience d’un homme dur, câliné par son grand père et en récidive avec la vie, substantiellement un flic qui investigue sur ce qui au fond reste : l’amitié.

Et alors, je peux absolument confirmer que Michel, Raymond appelé Le Nervi, a beaucoup d’amis outre Mammouth et Cricket, mythologiques dans leur essentialité.

C’est moi le nouvel ami.  

 

                                                                               

          

 

                             Introduction de Nina, la Belle de Mai.

 

 

 « Si tu n’es ni le meilleur, ni le premier, soit différent ».

        Très jeune, je pris conscience que je ne serai jamais le meilleur. Difficilement le premier. Voulant mettre en application ce proverbe chinois, la volonté d'être différent m’obsédait.

         Un dimanche soir, alors que je terminais ma permanence judiciaire, au commissariat central de Marseille, j'étalais mon souci du moment à mon collègue de travail. Il était assurément question de mon parcours littéraire et de l'éventuel succès de mes ouvrages à venir. C'est au cours de ce petit apéritif plutôt anisé, sur le vieux port de Marseille, que la réponse me fut donnée. Mon coéquipier me l'expliqua avec une simplicité déroutante. Pour lui, je cherchais beaucoup trop loin ce que je tenais à portée de main.

          - Tu es toi. Comme chaque être humain, tu es unique. C’est pour ça que tu es différent. C’est tout.

  L'évidence même, et pourtant, cela ne me rassurait guère.

  - Comment être diffèrend ? 

  - Regarde autour de toi, tu vis dans un cadre d'exception, un ciel sans égal, une ville magique, des résidents singuliers. Admire ce coucher de soleil. Du pur bonheur ! Ici on ne parle pas comme ailleurs. C’est parce que tu baignes dans cette atmosphère, parce que tu aimes cet endroit, que tu ne vois rien. Trop imprégné. Tu n'es pas le meilleur pour autant et tu ne seras jamais le premier non plus. Seule l'appartenance à cette cité peut éventuellement te rendre différent. Comme elle peut également rendre différent celui qui n'y habite pas. Ton expérience, ta passion, ton envie, ton style d'écriture accentuent cette individualité.

         Cet échange me plaisait et j'aurais aimé qu'il dure plus longtemps. Ses propos sonnaient justes. La présence des deux jeunes femmes, à la table à coté, détourna lentement mais sûrement mon attention.

  Belles, séduisantes, sexy, limite racoleuses. Il émanait d'elles un charme tout particulier. Presque animal. Sensiblement du même age, elles semblaient jouer de tout, rire de rien. Fasciné, je ne les quittais plus des yeux. Je ne perdais pas une miette de leur conversation. Elles développaient leur idée. Affirmaient aussitôt, sans sourciller, le contraire. Toujours avec un naturel déconcertant. Toujours avec humour.

         Touché par la grâce, je m'excusais auprès de mon ami de l’abandonner de la sorte. Il comprenait ma soudaine dépendance. J'étais sous le charme de leurs gestuelles, leurs mimiques. Conquit par l'accent si musical, envoûté par leurs rires spontanés. Je continuais à observer, avec gourmandise, mes voisines quand mon collaborateur, interrompant ma contemplation, posa sa main sur mon épaule. 

         - Nous sommes très loin de tes considérations artistiques et je doute, vu ton âge canonique, que ces demoiselles s’intéressent à toi. Par contre, puisque tu as l’air de tenir à elle, elle est là ta différente. Dans la banalité de cette rencontre, dans la platitude de ce que tu entends, de ce que tu vois. Tu as tout à coté de toi, la félicité est souvent ta compagne. Il te suffit simplement de savoir regarder, d'écouter et d'être le témoin de ce que tu ressens. C'est si simple. Joue. Joue avec elles, joue avec leur personnalité, leur caricature. Ces filles là sont un don de dieu pour toi, une véritable histoire, un roman à part entière. Elles ne s’allongeront pas dans ton lit, mais tu peux les coucher sur le papier glacé. Utilise les. Elles t’appartiennent maintenant.

         Il avait tellement raison. Quand les deux jeunes femmes quittèrent la table elles ignoraient le bouleversement qu'elles venaient de produire en moi. Alors, à partir de ce moment là, j'en étais sur. Nina et Ma Moune, qui s'éloignaient en riant, bras dessus bras dessous, venait de naître dans mon esprit, dans mon coeur aussi.

         « Femme quand tu nous tiens ! »

 

 

 

© 2008